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CONGRES DE LA SOUMAM SELON ADJAOUD

LE CONGRES A T IL CHANGE LA REVOLUTION ?

Témoignage de Rachid Adjaoud,

ancien aide de camp du chef de la wilaya III

 

Congrès de la Soummam : rien n’a été négligé

 

Lorsque le jeune Rachid Adjaoud, maquisard d'à peine 17 ans, arrive dans le douar d'Ouzellaguen, en ce début août 1956, il est impressionné par le nombre de moudjahidine et de moussebeline qu'il rencontre.

 

 

La région grouille de rebelles. Il sait que toute cette agitation est inhabituelle mais il est loin de se douter qu'un congrès de la plus haute importance était sur le point de se tenir dans ses villages nichés à flanc de montagne. Il ne sait pas exactement pourquoi il est là. Si Hmimi et Si Mohand Akli, ses aînés et supérieurs lui avaient seulement dit : «Viens, on a besoin de toi». Le petit groupe de cinq maquisards prend alors la route sans se poser de questions. Tachouaft, Taourirt Aidhel, Boutouab, Ighram avant de se retrouver aux alentours du 10 août à Ouzellaguen. En fait, ce lieu-dit désigne une grande tribu qui regroupe 14 villages.

 

 

Quelques mois auparavant, Rachid Adjaoud, jeune dactylographe qui travaillait à la mairie de Seddouk, avait pris le maquis. Il n'était pas seul à avoir pris cette décision. 27 jeunes du village avaient fait le même choix au même moment. La Révolution en était encore à ses premiers balbutiements. Il n'y avait ni organisation ni structures. «On traînait, un peu perdus dans le maquis», se souvient-il encore.

Rachid Adjaoud passe d'un village à un autre. Au bout de quelques jours il est emmené à Ifri, petit hameau discret, niché entre des frênes séculaires. Là, dans une maison, il va retrouver des inconnus qui deviendront vite des amis et compagnons. Comme lui, ils possèdent l'art précieux de «taper à la dactylo». Il y a là Si Tahar Amirouchène, Si L'hocine Salhi et Si Abdelhafid Amokrane. El Hadi Ouguergouz rejoindra un peu plus tard ce petit groupe chargé de la rédaction des procès-verbaux et des résolutions d'un congrès qui se prépare dans le plus grand secret. Au fil des jours, les liens se tissent entre ses hommes qui vont apprendre à se connaître et à s'apprécier.

Lorsque le congrès commence enfin, c'est l'imposant colonel Si Nacer, Mohammedi Said, de son vrai nom, qui est chargé de veiller sur ce petit groupe dont la mission se révèle de la plus haute importance. Ils doivent mettre noir sur blanc ce que le groupe des chefs, réuni dans une autre maison, a pris comme résolutions et décisions. À quelques mètres de là, dans une autre masure qui ne paie guère de mine, Abane, Ben M'hidi, Zighout Youcef ainsi que d'autres noms qui deviendront un jour des mythes, traçaient les contours d'une Révolution qui allait secouer un joug vieux de 126 ans.

Chacun des dactylographes est chargé de la frappe d'une page en plusieurs exemplaires. Si Nacer leur remet au fur et à mesure les pages manuscrites qu'ils doivent taper. Le jeune Adjaoud est impressionné par ce colosse coiffé d'un casque de la Wehrmacht. En plus de Si Nacer, il arrivait souvent que d'autres maquisards fassent intrusion dans le local où s'échinait le petit groupe de dactylographes. Petit à petit, Rachid Adjaoud va se familiariser avec ses figures sur lesquelles il apprendra à mettre des noms. Il y a là le commandant Kaci, le capitaine Ouarab, Abderrahmane Mira et Si Amirouche, véritable cheville ouvrière du congrès. Non loin de là, il y avait une grande fontaine où tout le monde se retrouvait pour se laver ou se désaltérer de son eau fraîche, se souvient encore Rachid Adjaoud. Les repas étaient pris en commun. Le soir, couscous pour tous et galette à midi. La viande n'était servie qu'une fois par semaine.

Pour assurer la sécurité du congrès toute la zone autour d'Ifri est étroitement surveillée par les moussebeline et les moudjahidine. De l'Akfadou jusqu'à Ichelladhen, en passant par Ath Ouaghlis et Ouzellaguen, des sentinelles veillent de jour et de nuit. Le colonel Amirouche, qui a la haute main sur l'organisation du congrès veille sur tout le dispositif sécuritaire. Il connaît la région comme sa poche et il a entière confiance en ses hommes et ses unités. Il a déjà ordonné aux unités se trouvant à Bougaâ, Imezayen (Béjaïa) et ailleurs de se livrer à des manoeuvres de diversion. Elles doivent harceler l'ennemi, détourner son attention et l'occuper loin de la région d'Ouzellaguen.

 

 

Si Amirouche a pu convaincre Krim Belkacem, son supérieur, du choix d'Ouzellaguen pour l'organisation du congrès c'est qu'il avait de solides arguments. Toute la vallée de la Soummam, l'un de ses fiefs avec l'Akfadou voisin, s'était engagée pour le combat libérateur.

Pourtant, en cet été 1956, Ouzellaguen est véritablement quadrillé par les postes militaires. Il y en a partout : Laâzib, Ighzer Amokrane, Takeriets, Seddouk où l'artillerie est installée et Akbou où se trouve le secteur militaire.

Dans chaque village il y a un «chef nidham» entouré d'un groupe de moussebeline et de sages. La première tâche du «chef nidham» est de trouver des «refuges» pour les maquisards. Il est également chargé de la logistique et de l'intendance. Ce maillage de la société kabyle va grandement aider Amirouche à faire de la Wilaya III le fer de lance de la Révolution.

Au bout de quelques jours, le congrès de la Soummam se termine enfin. Sans incident et sans anicroche. «Il n'y a eu qu'une seule alerte. C'était le jour où des soldats sont sortis d'Ighzer Amokrane en direction d'Ifri avant de rebrousser chemin presque aussitôt», se souvient Rachid Adjaoud. Sur le plan organisationnel, le congrès est un plein succès. Il faudra attendre la fin septembre et le début octobre pour que les Français apprennent ce qui s'est passé à Ifri. Fous de rage d'avoir été bernés à ce point, les responsables militaires français vont se venger sur le douar d'Ouzellaguen de manière bestiale. Bombardements, tortures, exécutions sommaires, les représailles seront terribles. Les 14 villages seront pratiquement rasés et leurs occupants déplacés. Ils n'arriveront pas pour autant à casser cette région rebelle. Même après le congrès, pour tout déplacement à travers la vallée de la Soummam, il fallait aux Français l'appui de l'aviation. Deux T 28 décollaient de Béjaïa pour assurer la sécurité des convois, se souvient encore Rachid Adjaoud. Un mini-congrès de la Wilaya III aura également lieu dans la même région, à Ifri-Ouzellaguen, quelques mois plus tard pour l'application des résolutions du congrès de la Soummam. Il y aura encore une fois Si Amirouche aux commandes et le staff dirigeant de la Wilaya III : Abderrahmane Mira, le commandant Kaci, Si Hmimi, Mohand Oulhadj, le colonel Si Nacer et Mahiouz.

 

 

Djamel Alilat

le 19.08.10

|Le Journal EL Watan

 

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